(Sa mère, paniquée par les cris du troupeau d'aphalgores, trouve Soren perché sur un bien curieux véhicule)
Le lieu où Soren se trouvait n’était pas un endroit comme les autres : il s’agissait de l’un de ces endroits où les lois universelles étaient abolies ou, pour le moins, atténuées, dans lesquels elles devenaient miscibles, par une sorte de coalescence élémentale. Ici, dans la Combe des Oiseaux de Pierre, l’air et la terre effectuaient de concert un bien curieux ballet : de véritables îlots, de forme et de taille variables, semblaient prendre leur envol de leur volonté propre. Là, pareils à des mastodontes volants, ils s’élevaient en panache, effectuaient une grande boucle et revenaient se poser en douceur à leur point de départ.
C’était l’un des terrains de jeu favoris de Soren, bien qu’il s’agît aussi d’un lieu que lui avaient formellement (et à maintes reprises !) interdit ses parents : de plus, non content d’aimer sauter d’île en île au mépris de toute prudence, le garnement se plaisait à y conduire les aphals qui, une fois pris sur leur nef de fortune, tremblaient de tous leurs membres en meuglant désespérément.
Tout en le regardant descendre, sa mère s’étonna une fois de plus que son insatiable curieux de fils n’ait jamais posé la moindre question sur l’origine de ces bouleversements : ceci dit, elle s’en félicitait chaleureusement, car il n’était pas du genre à se contenter d’une réponse du style : « C’est à cause du Sang de la terre » et c’était pourtant tout ce qu’elle aurait pu lui rétorquer.
« Cette énergie parcourt le monde comme le sang dans nos veines », lui avait dit un vieil homme dans une ville du Sud, plusieurs années auparavant, ce qui ne l’avait guère éclairée : d’ailleurs, elle se surprenait à éprouver un léger sentiment de honte à l’idée de n’avoir pas vraiment cherché à en savoir plus… Mais bon, après tout, il y avait les Shanfu pour s’occuper de ces choses !
Quoi qu’il en fut, Soren semblait trouver cela parfaitement naturel, peut-être parce qu’il avait grandi avec ces manifestations comme parties intégrantes de son quotidien. Cela leur avait d’ailleurs valu une terrible frayeur l’année précédente... (la suite dans le prochain article^^)